J’AI DE LA CHANCE

Finalement, j’ai de la chance : par deux fois mes couples avec enfant(s) ont explosé. Je devrais peut-être me remettre en question sur ce sujet, mais j’estime qu’à mon âge, mon rôle se situe davantage à conforter ce qui existe aujourd’hui qu’à tenter de recommencer l’expérience d’une famille une nouvelle fois.

Donc, j’ai eu trois enfants de mon premier mariage, deux garçons et une fille, puis, beaucoup plus tard, une deuxième fille issue de mon dernier concubinage. Mon second mariage, entre temps, n’a pas porté de fruits. Mais c’est le seul dans lequel je reste en relations amicales avec mon ancienne compagne. Les autres relations ont été conflictuelles, donc douloureuses, ou brèves. Mais là n’est pas le problème, c’est du passé : cela ne se refait pas, il faut seulement vivre avec. Les psychiatres m’y ont aidé, ça va bien, merci !

Je disais que j’ai de la chance, car je suis fier de mes quatre loupiots. Chacun à sa manière a réalisé l’un de mes rêves d’adolescent.

Pourtant, j’ai dû quitter le foyer quand l’aîné avait à peine dix ans, et sa petite sœur, trois. Ma petite dernière avait sept ans quand j’ai dû partir. Autant dire que, si j’ai côtoyé une multitude d’adolescents tout au long de ma carrière d’enseignant, je n’ai assisté à l’adolescence de mes propres enfants que de loin. Mais si je fais le bilan de ce jour, j’ai eu le temps de semer des graines qui n’étaient pas de l’ivraie !

A dix-sept ans, je rêvais d’être architecte. A cette époque, les études se faisaient aux Beaux-Arts, elles étaient longues, coûteuses, et aux yeux de mon Père, les mœurs y étaient dissolues. C’est mon fils aîné qui a pris le flambeau. Au jour où j’écris, il n’a pas encore quarante ans, mais il a sa propre agence et est en train d’atteindre un monde qui me dépasse tout-à-fait : Gros chantiers de grandes villes, aussi à l’étranger … Publications de projets, présence sur les sites Internet … Et en plus, bien que ce soit mon fils, je trouve ses idées belles et bonnes, nouvelles et imprégnées de cette utopie humaniste qui guide ma propre pensée.

Il m’a fait Grand-Père de deux petites-filles jolies et rigolotes, et d’un petit-fils qui promet … Tout ça, il ne l’a pas fait tout seul : il fallait qu’il ait rencontré une compagne sur mesure pour encaisser le rythme effréné d’une famille et de ses absences répétées : Les femmes sont souvent la clef de la réussite de leur bonhomme …

J’ai toujours aimé le Cirque, les clowns, les numéros équestres, voir les paillettes et trembler à la vue des équilibristes. Mon second fils, son Baccalauréat en poche, a fait partie de la première promotion de l’Ecole des Arts du Cirque à Châlons-sur-Marne (on dit : “en Champagne” maintenant). Il en est sorti voltigeur équestre, et depuis, bien qu’intermittent du spectacle, il n’a pas changé d’employeur depuis quatorze, quinze ans ? Je ne vous dis pas l’angoisse que j’ai vécue, après l’avoir vu en spectacle. Il s’est cassé de partout ou presque, je ne l’ai pas toujours su, mais ce que je sais, c’est qu’il a une solide réputation, car, d’après les gens du Cirque, il connaît son métier.
Il est marié (c’est le seul !) et son fils débute au Cinéma à neuf ans. Au fait, c’est aujourd’hui que sort son premier film en salle : il va falloir que j’aille en ville ! Mais l’école, pour lui, c’est bien aussi. Sa fille n’est pas émue de ces remue-ménages, tournées à l’étranger, périodes de répétitions de son Père, elle ne manque pas d’humour non plus. Quant à ma Belle-Fille, il semble qu’elle gère avec fermeté, amour et compétence, les destinés de ses artistes. Je la connais peu, puisqu’ils sont toujours loin, mais j’admire là aussi sa présence dans sa famille. Hommage lui soit rendu à elle aussi !

Je dessinais beaucoup, pendant les années “lycée”. J’ai peint, et j’ai essayé de faire carrière dans l’enseignement des Arts Plastiques. De plus, au cours d’un contact avec des apprentis typographes, j’ai pris goût à la valeur que donnait une typographie choisie en fonction du texte qu’elle supporte. Ma fille aînée a fait des études de Publicité et Communication. Elle vit de toutes sortes de boulots alimentaires, et peut se dire aujourd’hui écrivain(e?). L’humour, la dérision, le jeu avec les mots … Une relative errance dans la vie, avec les pieds sur terre et une sensibilité à fleur de peau.

Il y a des larmes et des rires dans son écriture qui me touchent d’autant plus qu’il ressort de ses textes des événements qui nous sont communs, mais quelle pudeur dans l’expression de ses relations passées avec moi ! Elle a porté longtemps beaucoup de griefs contre moi, et elle a eu le courage de m’affronter pour mettre tout ça à plat : Maintenant, je peux la rendre heureuse en lui disant que je l’aime.
D’une première relation elle a eu une fille, belle, grave, dont les réflexions dénotent beaucoup de maturité, presque trop pour son âge, mais par bonheur, elle sait rester une petite fille avec des jeux et des activités qui ne donnent pas lieu de s’inquiéter. Ouf ! Précoce, mais raisonnablement. Maintenant, ma grande fille partage sa vie avec un jeune violoniste aussi talentueux que le reste de la famille, et ils ont un petit garçon beau comme le sont (presque) tous les bébés. J’aime beaucoup son compagnon de violoniste, et je sais que, comme les autres femmes de cette bande, elle soutient sa carrière, au moins de son admiration sans réserve. Ils ont édité un recueil de poèmes accompagné d’un CD : elle dit ses textes, et lui les joue en musique.

Enfant, je ne manquais pas un défilé dominical de la fanfare. J’aimais (et j’aime toujours) les cuivres. Mais je n’ai jamais pu apprendre, jusqu’au congé de longue durée qui m’a conduit à la retraite. Là, j’ai commencé avec un cornet à piston. Mais mes lèvres n’avaient plus de chance de retrouver la souplesse nécessaire, alors j’ai fini par le trombone à coulisse. J’avais à cette époque constitué un ménage dont est issue ma dernière fille. Je m’occupais du destin administratif de l’école de musique où j’étudiais, et lors d’une exposition d’instrument, la fillette (trois ans !) a flashé sur une mini trompette, et elle s’y est mise, sans connaissance du solfège, avec un professeur qui avait compris qu’on n’étudie la grammaire que lorsqu’on sait parler.
Quand nous avons déménagé, il y a eu changement d’école de musique, donc de prof. Catastrophe. Alors elle a choisi la clarinette. Et alors, c’est parti. En vacances en Bretagne, elle est tombée amoureuse de la vielle à roue, qui s’est ajoutée à son patrimoine personnel, et maintenant qu’elle vit en Bretagne, c’est Cercle de Danse, Bagad, Concours, cours de clarinette et de vielle … Rien à dire, puisqu’elle reste brillante au Collège.

Je vous l’avais dit : j’ai de la chance. Beaucoup de chance avec mes enfants et les Sept Nains, comme j’appelle mes petits-enfants, en me posant la question, quand-même : Mais où est donc Blanche-Neige ?

Maintenant, je rêve encore. Je voudrais réunir tout ce petit monde de temps en temps. Faire une grande fête, dans laquelle ma dernière fille est à peine plus âgée que ses nièces et neveux, avec les Mères et Grands-Mères de tous …
Mais je me dis que s’il y a trop d’obstacle pour que cela se réalise, en tous cas dans l’immédiat. C’est qu’ils sont heureux sans ça, car ils se voient, entre eux.
Bref, ma Tribu est une horde de Furieux que j’adore. Parole de Papa !

Vous voyez : c’est de moi, le velléitaire, l’ecclectique, le fainéant qui n’entreprend que ce dans quoi il est sûr de réussir sans effort inutile, qu’est issu cette descendance.

Mais je dois reconnaître que je ne les ai pas faits tout seul. Je peux affirmer sans courir le risque d’être contredit par les Mamans, qu’ils ont tous été conçus dans l’Amour. Même si pour les deux garçons nous n’avions pas tellement choisi : ce n’était pas possible du fait qu’on ne parlait encore que sous le manteau de la pilule, et qu’on n’osait à peine en parler au médecin. Les temps ont changé. C’est comme ça. Je ne sais pas si c’est mieux ou plus mal : j’ai du mal à trancher, et de toutes façons, cela n’aurait aucune incidence sur l’avis de mes contemporains, usagers ou non de contraception.

Une chose reste vraie : j’ai aimé les Mères de mes enfants, et je crois que je les aime encore. Même si à un moment l’une et l’autre n’ont plus voulu continuer dans l’esprit de fidélité conjugale que j’aurais voulu imposer, et que je pratiquais pour mon compte, sans en souffrir. Le mal est venu du sentiment d’abandon. Mais je ne renie pas mes opinions. Je n’ai pour ma part fait qu’un accroc dans le contrat, et encore, comme nous avions compris que nous nous séparions, ce n’était pas un secret, et c’était dans mon union restée stérile. Qu’un intermède, qui m’était pardonné d’avance. Il y a des femmes qui méritent un grand respect. D’autres qui sont des salopes, mais elles le savent, même si elles refusent que cela soit dit.

J’aime les femmes. Je déteste les attitudes “macho”, même si ce que je viens de dire peut le paraître. Je respecte en toute Femme ma Mère, ma Sœur aussi bien que ma Fille. Et ma vie a montré que c’est en faisant dans la maison tout ce qui est réputé “féminin” (les couches, la vaisselle, les lessives, les biberons,etc. …) et aussi de la maçonnerie, de la menuiserie, (ce qui est soi-disant “masculin”), que je n’ai pas été privé d’un poil de virilité, ni d’énergie dans mes modes d’expression.

Je dis parfois que j’ai vécu des fidélités successives. Il n’y a jamais eu de “superpositions”, même si, je l’avoue, j’ai quelquefois été tenté. Mais je ne suis pas passé à l’acte. J’étais peut-être insupportable, excessif, jaloux. D’accord. Quelqu’un s’est-il posé la question de savoir si j’avais des raisons d’être ainsi ? En tous cas, pour ce qui était de la jalousie, mes intuitions, mon senti des choses qui flottent dans l’air m’ont rarement trompé, et je ne parlerai pas des circonstances qui ont fait que l’histoire m’a donné, hélas, raison.

Ce qui compte, ce n’est pas la solitude que je vis, finalement assez bien. Ce ne sont pas les abandons, car tout compte fait, ce ne furent pas des trahisons. Juste un besoin de voir comment c’était “dehors”, hors de ce qui ressemblait peut-être à leurs yeux à une prison, mais qui n’était que le résultat d’une éducation trop puritaine que j’avais cru avoir reçue. Ma seule excuse, c’est d’avoir cru à la force de l’Amour et des serments, civils ou religieux que j’ai faits, et auxquels je continue de croire, envers et contre tous.
Car l’élargissement de la morale, la tolérance des mœurs produite depuis mai 1968 n’apporte pas plus de bonheur à ceux qui le vivent aujourd’hui : la solitude des jeunes set devenue un fléau social. Il n’est pour s’en convaincre que de visiter les sites Internet de rencontre qui foisonnent. La relation est virtuelle, comme sur un jeu électronique. Cela a l’avantage de ne pas s’impliquer, de se fabriquer une personnalité elle-même virtuelle.

Non. Ce qui compte pour moi, c’est de savoir que mes enfants vivent dans la vraie réalité, qu’ils savent lutter pour leur descendance, qu’ils sont de bons parents, puisque leurs propres enfants sont heureux, et qu’eux font ce qu’ils aiment, dans la droiture, et avec un sens de l’honneur dont je suis fier aujourd’hui.

Qu’ils ont le respect des personnes que sont ces petits, qu’ils les aident à grandir selon leurs talents propres, ce que je ne savais pas quand j’exerçais à plein temps mon métier de Papa. Car j’ai connu le désir de choisir pour eux, comme il est arrivé que je sois conduit à faire des choix qui n’étaient pas ceux de me personnalité. Je n’accuse personne, puisque j’ai eu la lâcheté de croire qu’en faisant à ma tête, on m’aimerait moins.

Je n’ai pas envie de m’approfondir sur mon propre passé, les chagrins, les regrets ou les remords. Je veux rester sur ce que je garde de positif et le donner à mes enfants.

Publié dans : pages |le 13 juin, 2006 |Pas de Commentaires »

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